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Mardi 23 Juillet 2019

Salle de Presse

Interviews OIJJ - Ms. Alice McGrath. Lawyer and international adviser. Australia

Monday 5th of May 2014 | National, Australie

Dans cet entretien, Alice McGrath présente les principaux défis liés à mise en œuvre des réformes de justice juvénile dans la région Asie-Pacifique. En effet, en sa qualité d’auteur du premier rapport du Conseil Asie-Pacifique de justice juvénile, elle explique les principaux objectifs de la réunion (et de la publication qui s’en est suivie) : il s’agit de servir de plate-forme permettant aux pays de la région de partager leurs expériences en vue d’ensuite répondre aux problèmes via une meilleure collaboration régionale. Par ailleurs, Alice McGrath décrit la situation réelle de ces enfants privés de liberté ou en conflit avec la loi dans les pays de la région Asie Pacifique. Elle souligne également la mission importante devant être accomplie afin de protéger les droits des enfants en conflit avec la loi dans la région et qui consiste à mettre principalement l’accent sur les initiatives de prévention. Toutefois, il faut garder à l’esprit que différentes barrières continuent d’empêcher la mise en œuvre efficace d’un système de justice juvénile spécialisé dans la région. Et sur ce point, le principal défi est, selon Mme McGrath, de faire connaître ces problèmes au niveau national et régional, ce qui n’est pas chose facile compte tenu des différences existant entre les pays de la région Asie-Pacifique.


Mme Alice McGrath est une avocate et une conseillère internationale de nationalité australienne. Elle a commencé sa carrière professionnelle comme avocate pour enfants et adultes et s'est spécialisée dans le travail avec les jeunes aborigènes vivant dans des zones reculées, au sein du Service d’assistance juridique pour les aborigènes du nord de l’Australie. Durant les 12 dernières années, elle a travaillé comme conseillère internationale sur la question des droits de l'homme et des réformes de justice juvénile, tour à tour en Océanie, en Asie centrale, dans le Pacifique, au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Plus récemment, elle a travaillé, en collaboration avec le gouvernement australien, à un projet visant à développer des modèles de réintégration après un conflit civil ou militaire, en se focalisant sur la participation des acteurs non-étatiques dans la stabilisation ultérieure à un conflit et dans la planification du développement. Elle aide actuellement à mener un projet financé par l’Union européenne en Palestine tout en travaillant à l’obtention d’un Master en droit international et droits de l’Homme en conflit armé à l'Académie de droit international humanitaire et de droits humains de Genève, en Suisse.

 

En tant qu’experte internationale spécialisée dans les droits de l’homme et les réformes de justice juvénile dans les trois différentes régions du monde que sont l’Asie centrale, le Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, quels sont, selon vous, les principaux défis communs dans la mise en œuvre des réformes de justice juvénile ?

Il est difficile de répondre à cette question en faisant un résumé complet de la situation étant donné qu’il existe de nombreux facteurs qui sont propres à certains pays du monde et qui jouent un rôle important dans la mise en œuvre de réformes. En outre, tellement de bonnes choses sont actuellement accomplies en vue de susciter des changements dans de nombreux états. Mais, pour ce qui est des difficultés, j’ai pu remarquer une menace commune dans le cadre de mon travail : il s’agit de la manière dont les enfants en conflit avec la loi sont perçus au sein de certaines communautés. Là, le réel challenge est alors d’aider à faire évoluer les attitudes négatives de certains gouvernements et individus. Dans ma vie professionnelle et privée, je me demande sans cesse « Comment réagirais-je si c’était mon enfant qui se trouvait dans cette cellule de prison ou dans cette salle d’audience ? Que ferais-je pour aider à faire changer les choses ? » Les enfants et les jeunes sont les groupes les plus vulnérables au sein de notre société, mais il est rare que l’on réponde à leurs besoins de manière adéquate dans les programmes de réforme nationaux et régionaux, et on constate souvent que le financement requis n'est pas affecté et que donc les programmes de réforme en souffrent.

Certaines des communautés dans lesquelles j’ai travaillé (y compris dans mon propre pays, l’Australie) ont été amenées à penser que le concept de « justice juvénile » est une « invention étrangère » inspirée par des régimes n’appartenant pas aux cadres culturels et historiques que leur communauté soutient. Toutefois, si l’on creuse un peu, on constate que les concepts clés de la réforme de la justice juvénile comme celui de « justice réparatrice » se fondent sur les principes suivants : l’excuse, le pardon et la guérison, qui sont résolument universels par nature. Voilà pourquoi ces mesures de réformes ont été mieux acceptées. En fait, on relève actuellement une tendance (notamment dans les pays en conflit ou sortant d’un conflit) propre aux programmes de développement et qui consiste à se concentrer de plus en plus sur les modèles de justice localement développés, dans lesquels le concept de « justice réparatrice » fait implicitement partie des procédures menées par la communauté. Dans ces milieux, on apporte de l’assistance afin d’aider à renforcer les régimes dans les structures de gouvernance qui reposent sur la communauté – en particulier dans les domaines où les mécanismes d’État n’existent pas ou ne sont pas souhaitables. Pour les enfants (notamment ceux qui sont accusés de délits mineurs), cela peut vouloir dire que la justice est plus accessible et parfois rendue plus rapidement.

Le CAPJJ est d’une importance capitale pour plusieurs raisons : avant tout car tout l’excellent travail réalisé pour s’attaquer à ces problèmes dans les pays de la région peut être par partagé, et aussi car les États et les individus peuvent jouer un rôle de soutien et aider leur voisins à mettre en oeuvre des réformes.

 Vous êtes l’auteur du premier rapport du Conseil Asie-Pacifique de justice juvénile (CAPJJ) « Une voix pour l'avenir de la justice juvénile en Asie-Pacifique ; Présentation du Conseil Asie-Pacifique de justice juvénile - CAPJJ et des principales réformes de justice juvénile dans la région ». Quels sont les principaux objectifs de cette publication ?

Le rapport a pour but d’explorer la composition et la fonction du CAPJJ, tout comme les résultats clés de la première réunion, qui a rassemblé des représentants de 19 pays de l’Asie Pacifique. Ce meeting offrait un forum permettant de partager des expériences entre les États membres et de préparer une ligne d’action visant à répondre aux problèmes via une collaboration régionale. Le rapport revient sur les profonds échanges qui ont eu lieu lors de la première réunion à Bangkok et formule des recommandations pour améliorer les programmes de justice juvénile dans la région.

Le CAPJJ a été fondé par l’Observatoire international de justice juvénile afin d’aider les pays de la région à mettre en œuvre des standards internationaux et à élaborer des réformes, mais aussi à rassembler des informations quantitatives et qualitatives sur la situation des enfants et des jeunes en conflit avec la loi. Quelle est, selon vous, la situation réelle de ces enfants qui sont privés de liberté ou en conflit avec la loi dans les pays de la région Asie Pacifique ?

Le nombre de jeunes s’élève à plus de 700 millions dans la région Asie Pacifique et ce nombre équivaut à près de 45 % de la population des jeunes dans le monde. Cette région est fascinante car les économies de marché s’y développent rapidement mais, en même temps, la culture traditionnelle, la langue et les us et coutumes restent inchangés pour beaucoup d’habitants de la région. On remarque que de nombreux enfants sont laissés pour compte et ne profitent ainsi pas des évolutions économiques observées, De même, les besoins des enfants en conflit avec la loi, l’un des groupes les plus vulnérables au sein de notre société, ont tendance à être négligés. Même s’il n’est pas facile de résumer à quoi ressemble la situation des enfants en conflit avec la loi dans la région Asie Pacifique du fait des énormes différences économiques, politiques et sociales existant entre tous les États de cette région, je peux affirmer, grâce à ma propre expérience professionnelle et à d’autres expériences partagées lors de la première rencontre du CAPJJ, que les traits communs à tous ces pays incluent le fait qu’un bon nombre d’enfants sont issus de situations de pauvreté absolue dans lesquelles le soutien de la famille et de la communauté ne sont plus présents, le système d’éducation public et les structures de santé sont peut-être plus fragiles (notamment dans les zones non-urbaines) et l’accès des enfants à ces services est limité. Les représentants des États membres s’accordaient sur une constatation commune à toute cette région du monde : la délinquance juvénile est en général d’ordre mineur et les délits d'état tels que le fait de mendier pour de la nourriture ou de l’argent, tout comme les infractions mineures de vol, sont des types d’infractions courants pour lesquels les enfants sont inculpés et détenus. D’autres problèmes tels l’augmentation de la toxicomanie et de l’abus d’alcool ont également pris de l’importance dans les pays de la région.

Le rapport présente certains des objectifs principaux du CAPJJ. Quelle est, selon vous, la mission la plus importante et la plus urgente qu’une plateforme d’experts telle que le CAPJJ pourrait entreprendre pour protéger les droits des enfants en conflit avec la loi dans la région ?

L’objectif principal du CAPJJ est de poursuivre le développement d’une collaboration durable et de la coordination entre tous les partenaires et toutes les parties prenantes à l’élaboration de politiques de justice juvénile visant l’inclusion sociale des jeunes. Cependant, quels sont les enjeux les plus importants sur lesquels le CAPJJ doit se concentrer ? Ce point a été débattu au cours de la première réunion et, avec tous les membres présents, je suis d’accord pour affirmer que même si de nombreuses questions nécessitent une plus grande attention (telles la violence contre les enfants en détention ou le traitement des femmes en détention), les participants ont convenu de ce qui suit : il est nécessaire de mettre davantage l’accent sur les initiatives de prévention lors de la planification des politiques et des développements stratégiques. Les experts du CAPJJ pourraient grandement contribuer à apporter des améliorations dans ce domaine en définissant les principales pratiques et en développant des mécanismes pour aider à l’échange d’innovations entre pays. Cela pourrait être aussi simple que de créer des points de contact prodiguant des conseils d’experts, afin que les états qui élaborent des programmes et des politiques demandent conseil à leurs voisins régionaux lors des étapes cruciales du développement de leurs programmes et de leurs politiques. Les experts du CAPJJ pourraient également aider les États à reconnaître le besoin de prévoir les futures tendances comportementales ou de criminalité des jeunes « à risques » et à s´assurer que les jeunes eux-mêmes, en tant qu’informateurs primordiaux des comportements émergents, participent au dialogue. Dans la plupart des États, certaines initiatives formidables existent déjà et visent à contribuer à prévenir la criminalité chez les jeunes. Dans ce cas, le CAPJJ bénéficie de ces initiatives parce qu’elles peuvent être partagées avec d’autres pays de la région, puis ajustées et adaptées par ces derniers.

Même si nous sommes conscients du fait que des réformes sont progressivement introduites dans le domaine des droits de l’enfant et de la justice juvénile en Asie, il reste encore beaucoup à faire avant de pouvoir parler de mise en œuvre efficace des standards internationaux. Compte tenu des conclusions de la première réunion du CAPJJ, quels sont les obstacles qu'il faut surmonter en vue de réussir à mettre en place un système de justice juvénile spécialisé dans la région, notamment dans les domaines de la justice générale et de la justice juvénile réparatrice ?

Il s’agit là d’une question très intéressante et une grande partie de la bataille ayant pour but de mener avec succès des réformes est axée sur le challenge visant à donner plus de visibilité à ces sujets à un niveau national et régional. Si l’on réfléchit un instant au contexte global, on remarque la tendance des plus grands États de la région à dominer l’agenda des réformes à l'échelon régional tandis que des États plus petits tels que toutes les nations du Pacifique sont en général tous « mis dans le même panier » en matière de programmation du développement régional. Il est extrêmement important de se rappeler qu’il est difficile de réaliser des réformes de justice juvénile puisque les besoins en réformes varient dans toute la région du fait de la grande différence de population en termes de population, de culture et de coutumes. Nous devons être conscients de cela lorsque nous adoptons une approche de réformes régionales pour mineurs dans la région Asie Pacifique, et ce, afin de garantir que les plus petits États puissent faire entendre leur voix dans le programme régional. Aussi, il est nécessaire de se souvenir qu’une approche unique pour tous quant au développement de systèmes de justice juvénile spécialisés n’est pas toujours idéale.

De plus, si nous examinons les besoins des enfants, en particulier ceux appartenant à des groupes vulnérables tels que les jeunes délinquants, on observe que la priorité est rarement donnée à leurs besoins et à ceux de leur famille dans la planification des politiques gouvernementales. Mais, on reconnaît également que la détention d’enfants est un exercice coûteux et que les initiatives bien planifiées qui se concentrent sur la prévention, la déjudiciarisation et l'application de peines alternatives (qui découlent de l’approche de la justice réparatrice) coûtent moins cher. Toutefois, ce manque de clairvoyance de la part de beaucoup d’États de la région constitue toujours un obstacle à  la réalisation complète des réformes. Les États membres du CAPJJ peuvent collectivement aider à résoudre ce problème en échangeant des outils visant à encourager des façons de rendre les besoins des enfants en conflit avec la loi prioritaires dans les budgets des États et dans les stratégies de « réinvestissement de la justice » qui promeuvent des alternatives peu couteuses à la détention ainsi qu’une importance accrue accordée aux pratiques de prévention positive.

Finalement, le rapport du CAPJJ regroupe les questions clefs visant à faire des principales aspirations et des principaux objectifs du CAPJJ une réalité. Quelles sont les « bonnes nouvelles » qui sont ressorties de la première réunion du CAPJJ à Bangkok ?

 Chacun des 19 pays représentés lors de la première réunion du CAPJJ avait de nombreuses « bonnes nouvelles » à nous annoncer. Nous avons appris que des pays tels que l’Inde et la Papouasie-Nouvelle-Guinée ont fait de gros efforts pour décentraliser les initiatives de réforme afin que les jeunes des milieux non urbains puissent eux-aussi bénéficier des principales réformes et recevoir les services associés. Nous avons découvert la valeur du « pouvoir des citoyens » et des initiatives de bénévolat à grande échelle qui ont été établies, comme au Japon où une forte volonté communautaire existe et aide à mettre en place des activités et des services pour les jeunes, ce qui favorise également la prévention des comportements criminels et à risques. De plus, des initiatives à grande échelle de réforme du droit ont récemment été entreprises dans des pays tels la Thaïlande, le Cambodge, le Vietnam et les Philippines, et, plus important encore, elles ont contribué à l’évolution des attitudes communautaires envers les jeunes délinquants et les jeunes à risque. Par ailleurs, ces pays ne profitent pas uniquement de ces innovations à un niveau national, mais également en échangeant leur savoir-faire avec des états qui mettent encore au point des réformes actuellement, et cette expérience au sein de la région constitue un outil très important qu’il faut partager.


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