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Samedi 26 Septembre 2020

Salle de Presse

Interviews OIJJ - Nancy Fishman. Directrice de projet programmes de justice juvénile. Center for Court Innovation. États-Unis

Thursday 9th of January 2014 | National, États-Unis

Dans cette interview, Nancy Fishman nous décrit les activités et les programmes menés par le Center for Court Innovation ainsi que les méthodes de travail novatrices utilisées. Cette institution basée à New York et dont l'objectif principal est de réduire le taux de criminalité a contribué à réduire les taux d'incarcération de cette ville. Dans cet article, elle nous parlera, entre autres, des projets de lutte contre la violence armée chez les jeunes qui sont régis par le Centre, tout comme des programmes mis en place par ce dernier afin d’apporter une solution à un problème auquel sont confrontés les adolescents de cette ville, celui d’être traités comme des adultes par le système judiciaire.


Nancy Fishman est la directrice de projet en charge des programmes de justice juvénile au Center for Court Innovation. Elle supervise la coordination et le développement de l’intervention précoce, de la prévention et des programmes de déjudiciarisation destinés aux jeunes. Elle s’occupe également de la supervision directe de certains des programmes du Centre sur les tribunaux pour enfants, l’absentéisme et le développement des jeunes, tout comme de l’assistance technique relative au développement des tribunaux pour mineurs et à d’autres problèmes de justice juvénile. Avant de rejoindre le Centre, elle a été directrice de projet du Criminal Justice/Mental Health Consensus Project (projet Consensus justice pénale/santé mentale) du Council of State Governments Justice Center, une initiative nationale visant à améliorer la manière dont le système de justice pénale prend en charge les personnes souffrant de maladie mentale. Mme Fishman avait auparavant travaillé en tant qu’analyste principale des lois et des politiques ainsi que comme directrice de l’Equal Justice Initiative (Initiative pour une justice équitable) du New Jersey Institute for Social Justice (Institut du New Jersey pour la justice sociale), dans la cadre de laquelle son travail s’axait surtout sur développement économique et communautaire ainsi que sur la réforme des politiques de justice pénale. Elle a enseigné à la New York University School of Law (faculté de droit de l'Université de New York) et a été membre de Skadden (l’un des plus gros cabinets d'avocats américains) à la Legal Aid Society of New York (société d'aide juridique de New York). Nancy Fishman détient un bachelier et un doctorat en droit de l’Université de Yale et a également obtenu un master en développement humain et en politique sociale de l’université Northwestern de Chicago.

 

Pourriez-vous nous décrire brièvement la méthode de travail du Center for Court Innovation ? Quels sont les programmes et activités majeures organisées auprès des jeunes et des adolescents en conflit avec la loi ?

Fondé en tant que partenariat public-privé entre le New York State Unified Court System (Système judiciaire unifié de l'État de New-York) et le Fund for the City of New York (Fond pour la ville de New York), le Center for Court Innovation aide le système judiciaire à porter assistance aux victimes, à réduire la criminalité, à renforcer les quartiers et à améliorer la confiance de la population en la justice. Le Centre associe action et réflexion afin de stimuler l’innovation à l’échelle locale, nationale et internationale. La méthode de travail du Centre repose sur trois axes : les projets de démonstration, l’assistance d’experts et la recherche.

Projets de démonstration : Le Centre met au point de nouveaux programmes qui testent des approches innovantes de régler les problèmes de sécurité publique. L’idée qui sous-tend ce travail, c’est qu’au lieu de simplement traiter les cas qui lui sont soumis, le système de justice devrait chercher à modifier le comportement des jeunes en conflit avec la loi et à améliorer la sécurité publique. Bien que les projets-pilotes du Centre couvrent un large éventail de thèmes, allant de la délinquance juvénile à la réintégration d’anciens délinquants dans la société, la démarche est toujours la même : une planification coordonnée et rigoureuse, l’accent étant mis sur l’utilisation de données pour documenter les résultats et garantir la responsabilisation. Les projets du Centre ont obtenu des résultats tangibles comme des rues plus sûres, un recul de l’inquiétude générale et une meilleure qualité de vie dans les quartiers.

Assistance d’experts : Le Centre fournit une assistance pratique aux réformateurs (juges, avocats, fonctionnaires de la justice pénale et organismes communautaires), qui est assurée par des experts partout dans le monde. Notre personnel donne des indications permettant d’évaluer les problèmes de sûreté publique, les créations viables et les solutions pratiques. Étant donné que nous avons lancé des douzaines d’initiatives de justice pénale et juvénile innovantes à New York, nous sommes les mieux placés pour connaître les rouages de la mise en place d’un nouveau projet (à partir du moment où l’on établit une évaluation rigoureuse des besoins de la communauté jusqu’à celui où l’on recherche comment mesurer les résultats du projet). Nous travaillons actuellement avec des innovateurs à la fois aux États-Unis et à un niveau international afin de favoriser la création de nouvelles réponses à des problèmes tels que la drogue, la violence domestique, la délinquance et les problèmes dans les quartiers.

Recherche : La recherche, l’évaluation et la diffusion jouent un rôle essentiel dans les réformes de justice du Centre. Le Centre utilise toute une gamme de méthodologies de recherche afin d’évaluer si les nouvelles initiatives sont couronnées ou non de succès, de déterminer ce qui peut être amélioré et de rendre compte des enseignements aux innovateurs du monde entier. Le service de recherche du Centre est composé de plus d’une douzaine de scientifiques qui réalisent des études quantitatives et qualitatives. Le Centre diffuse les conclusions de ces études sous divers formats, allant des publications scientifiques destinées au monde de la recherche aux guides pratiques pour professionnels actifs et de première ligne du système de justice ou aux éditoriaux visant le grand public. Bien que les moyens de diffusion peuvent varier, l’objectif fondamental reste le même : utiliser ces informations pour améliorer la l’impartialité et l’efficacité du système de justice.

Le Centre administre actuellement divers programmes qui ciblent les jeunes ayant des démêlés avec la justice, parmi lesquels :

Tribunal des mineurs : Les tribunaux des mineurs forment les adolescents à exercer les fonctions de juré, de juge et d’avocat, gérant des cas réels impliquant leurs pairs. L’objectif du tribunal pour mineurs est d’utiliser la pression positive des pairs afin de s’assurer que les jeunes ayant commis des infractions mineures apprennent à être responsables de leurs actes et à réparer le tort causé par leurs actions. Les tribunaux des mineurs s’occupent d’affaires moins graves du système de justice formel. Divers organismes judiciaires font appel aux tribunaux des enfants, et ce, en vue d’empêcher que les jeunes participant à ce tribunal soient impliqués dans les systèmes de justice juvénile ou pénale. Les tribunaux des mineurs peuvent également faire partie intégrante de la procédure disciplinaire de certaines écoles, constituant ainsi une alternative aux mesures disciplinaires traditionnelles telles que le renvoi ou la retenue. Le Centre a lancé son premier tribunal des mineurs en 1998, qui fait partie du Red Hook Community Justice Center. Ce dernier gère actuellement sept tribunaux des mineurs, situés à : Brownsville (Brooklyn), Greenpoint (Brooklyn), Red Hook (Brooklyn), Jamaica (Queens), Harlem (Manhattan), Saint George (Staten Island) et Newark (New Jersey).

Alternative à la détention (Alternative to Detention ATD): Les programmes de l’Alternative à la détention du Centre, intitulés QUEST (Queens Engagement Strategies for Teens) à Jamaica (Queens) et Project READY (Richmond Engagement Activities for Determined Youth) à Saint George (Staten Island) sont des programmes communautaires qui fournissent une alternative à la détention pour les jeunes dont les cas de délinquance n’ont pas encore été tranchés par le tribunal de la famille de Queens (Queens Family Court) et la tribunal de la famille de Richmond (Richmond Family Court). Ces deux programmes d’alternative à la détention fournissent aux juges des informations rapides, précises et complètes relatives aux jeunes affectés au programme, ainsi que des instructions significatives aux participants et à leurs familles afin d’aider les jeunes à assumer leurs obligations légales et à vivre une vie productive dans le respect des lois. Les services proposés dans le cadre de ces deux programmes comprennent aide aux devoirs, soutien scolaire et services communautaires, activités récréatives, activités cognitives et comportementales de groupe, ou encore séminaires d’information et d’éducation sur des sujets connexes.

Futur : Le Centre gère également l’initiative QUEST Futures, qui fait partie du programme d’alternative à la détention QUEST et travaille avec les jeunes chez qui ont a diagnostiqué un trouble de santé mentale, en commençant le plus tôt possible au cours du processus de délinquance et en continuant aussi longtemps que ces jeunes ont un dossier ouvert pour délinquance ou sont en liberté surveillée. Plus précisément, QUEST Futures constitue une ressource pour les familles et crée un lien entre le système de justice juvénile et le système de santé mentale en fournissant dépistage, évaluations, planification, traitements, coordination du service, gestion des cas et surveillance. Le Centre a également lancé récemment une version jumelle du programme QUEST Futures appelée Bronx Futures dans le cadre de son projet Bronx Community Solutions.

Programme de déjudiciarisation pour adolescents (Adolescent Diversion Program, ADP: Le Centre s’occupe de cinq projets pilotes, un dans chacun des cinq quartiers de New York. Ces projets de déjudiciarisation pour adolescents fournissent aux juridictions pénales des juges qui ont reçu une formation spéciale pour instruire les affaires des jeunes de 16‑17 ans et qui peuvent accéder à un large éventail d’options dispositionnelles. Les juges en charge des dossiers impliquant des jeunes de 16‑17 ans bénéficient d’une formation sur des sujets tels le développement du cerveau chez les adolescents, les traumatismes, l’abus de substances, la santé mentale, les troubles associés aux problèmes de santé mentale, l’éducation et les différents d’ordre familial. Ils disposent également d’un arsenal élargi d’options dispositionnelles, parmi lesquelles les travaux d’intérêt général et les interventions à court terme des services sociaux, ces dernières prenant la forme de séances dédiées à la résolution de conflits, à la responsabilité civique et à la fixation d’objectifs professionnels et pédagogiques. En satisfaisant aux conditions imposées par la juridiction compétente, les prévenus participant peuvent obtenir un abandon complet des charges pesant contre eux ou la réduction des charges à des infractions non pénales.

En ce qui concerne la recherche entreprise et l’assistance technique proposée jusqu’à présent, quels sont les principaux projets et programmes sur lesquels vous aimeriez insister dans cette Interview OIJJ ? De même, sur quels projets et programmes internationaux de coopération et d’assistance technique mettriez-vous l’accent ?

 Les projets qui occupent une place de premier plan dans les travaux du Centre sont les projets de démonstration axés sur l’amélioration de la sécurité publique, la promotion de l’engagement communautaire et l’aide à l’instauration de la confiance dans le système de justice.

Les tribunaux communautaires sont des juridictions qui agissent au niveau local et tentent d’exploiter le pouvoir du système de justice pour répondre aux problèmes locaux. Ils peuvent prendre diverses formes mais se concentrent tous sur des partenariats créatifs ayant pour but de régler certains problèmes. Ils s’efforcent d’établir de nouveaux contacts, avec le système de justice tout comme avec des acteurs extérieurs tels que des résidents, des commerçants, des églises ou des écoles. Ils testent également de nouvelles approches agressives de sécurité publique plutôt que de simplement répondre à la criminalité après coup. Le premier tribunal communautaire fut le tribunal communautaire de Midtown (Midtown Community Court), qui a été fondé en 1993 à New York. Plusieurs dizaines de tribunaux communautaires qui s’inspirent du modèle de Midtown fonctionnent actuellement ou sont en cours de préparation dans tous le pays. L’intérêt international envers les tribunaux communautaires ne cesse, lui aussi, de croître. Par exemple, des tribunaux communautaires sont déjà opérationnels en Afrique du Sud, en Angleterre, en Australie et au Canada.

Le Red Hook Community Justice Center, qui a ouvert ses portes en juin 2000, est le premier tribunal communautaire multi‑juridictionnel du pays. Basé dans une école catholique rénovée située dans le centre d’un quartier géographiquement et socialement isolé du sud-ouest de Brooklyn, ce centre tente de résoudre les problèmes du quartier en y apportant une réponse coordonnée. Au Red Hook, un unique juge instruit des affaires de quartiers de trois postes de police (ce qui couvre approximativement 200 000 personnes) alors que dans des circonstances ordinaires, ces cas seraient jugés par trois cours — le tribunal civil, le tribunal de famille et le tribunal pénal. Le Justice Center a également pour but de faire connaître aux jeunes qui ont des démêlés avec la justice des programmes axés sur le renforcement, dans le cadre desquels sont organisés des projets artistiques et des programmes d’éducation par les pairs. Mais l’histoire du Red Hook va bien plus loin que ce qui se passe dans la salle d’audience. Le Red Hook Community Justice Center dispose également d’un solide programme AmeriCorps intitulé le New York Juvenile Justice Corps.

Mis sur pied en octobre 2010, le New York Juvenile Justice Corps (une sorte de brigade de protection des mineurs) est un programme AmeriCorps qui cherche à éviter que les jeunes de New York City ne se retrouvent mêlés au système de justice pénale. AmeriCorps est un programme fédéral qui donne l’opportunité à des adultes de tout âge et de tout milieu d’effectuer un service dans un réseau de partenariats avec des groupes sans but lucratif locaux et nationaux. Le New York Juvenile Justice Corps opère dans toute la ville de New York et concentre son action sur les jeunes déjà aux prises avec le système judiciaire ou qui ont des risques de le devenir. Les membres du Juvenile Justice Corps aident à répondre aux besoins sociaux et éducatifs des jeunes vulnérables.

Le New York Juvenile Justice Corps s'appuie sur l'héritage des Red Hook Public Safety Corps. Depuis 15 ans, le programme du Public Safety Corps a joué un rôle essentiel dans la transformation du quartier de Red Hook à Brooklyn, autrefois connu pour sa criminalité et sa négligence, en une zone aujourd´hui caractérisée par la croissance économique et l'espoir. Le Juvenile Justice Corps amène/poursuit le modèle de Red Hook à l'étape s’occupant des jeunes partout dans la ville de New York

Actuellement, New York est l’un des deux États américains dans lesquels les jeunes de 16 et 17 ans sont jugés comme des adultes. Quelles activités de plaidoyer avez‑vous entreprises afin de changer cette situation ? Comment l’approche Court System Pilots, qui repose sur une formation spéciale des juges, s’occupe de ces jeunes délinquants ?

En 2012, le juge en Chef de l'Etat de New York, Jonathan Lippman, a annoncé le lancement du Programme de déjudiciarisation pour adolescents (Adolescent Diversion Program) sous la gouverne du New York State Court System (système judiciaire de l’État de New York). Le programme attribue les affaires des 16-17 ans aux juges de la cour pénale qui ont bénéficié d’une formation spéciale et ont accès à un large éventail d’options. Ce programme de déjudiciarisation pour adolescents comprend tous les projets pilotes existant dans neuf comtés de l’État de New York, dont les cinq arrondissements de la ville de New York. Le Center for Court Innovation fait fonctionner ces cinq projets pilotes par l’intermédiaire de ses instances de justice et de ses juridictions communautaires, dont le Staten Island Youth Justice Center, le Bronx Community Solutions, la Midtown Community Court, la Red Hook Community Court, et le Queens Engagement Strategies for Teens.

Dans le cadre de cette initiative, les juges saisis des cas des jeunes de 16 et 17 ans reçoivent une formation sur des sujets tels que le développement du cerveau de l'adolescent, les traumatismes, la toxicomanie, la santé mentale, les troubles concomitants, l'éducation et les problèmes familiaux. Ils ont également accès à de nombreuses options dispositionnelles, dont les travaux d'intérêt général et les interventions à court terme des services sociaux telles des séances consacrées à la résolution de conflits, à la responsabilité civique, et l'établissement d'objectifs scolaires et professionnels. En satisfaisant les conditions imposées par le tribunal, les accusés participant peuvent se voir gratifiés d’un abandon complet des accusations portées contre eux ou d’une réduction à des charges pesant contre eux à des violations non criminelles.

L'OIJJ est extrêmement préoccupé par les besoins liés à la santé mentale des jeunes délinquants. Selon son projet MHYO, la formation inadéquate des professionnels ainsi que le manque de collaboration entre le secteur de la santé et celui de la justice sont quelque chose de courant. Pourriez-vous s'il vous plaît nous expliquer comment les tribunaux de santé mentale font face aux besoins de santé mentale des jeunes délinquants?

Le Center for Court Innovation admet que la formation inadéquate (On parle ici de la formation des professionnels de la justice sur les questions de santé mentale et de la formation des professionnels de la santé mentale sur le fonctionnement du système de justice et les facteurs qui exposent les jeunes à un risque de participation au système de justice.) est un problème et que le manque de collaboration entre ces deux secteurs est fréquent. Le Center for Court Innovation ne fait pas fonctionner de tribunaux de santé mentale pour jeunes délinquants, même s’il existe un nombre croissant de tribunaux de santé mentale pour enfants à travers le pays (environ 60 sont actuellement en service). Notre approche consiste à fonder des équipes cliniques qui servent de ressources à la fois pour les jeunes et leurs familles et pour les acteurs du système de justice. Les équipes cliniques procèdent à des examens et des évaluations exhaustives, mettent au point des plans de traitement individualisés, assurent une gestion intensive des cas et offrent un soutien à la famille aussi longtemps que l'adolescent a affaire avec le système de justice pour mineurs.

Le Centre gère des programmes comme QUEST Futures à Jamaica, un quartier de l’arrondissement de Queens à New York, qui fait partie d’un programme QUEST à plus grande échelle : ce dernier est un programme d’alternative à la détention créé en juin 2007 pour s’occuper des affaires de délinquance juvénile encore en cours à la Queens Family Court (tribunal de famille de Queens) et dans lesquelles on estime que les prévenus sont exposés à un risque modéré de récidive ou de défaut de comparaître. QUEST Futures travaille avec des jeunes chez qui ont a diagnostiqué un trouble de santé mental et intervient le plus tôt possible dans le processus de délinquance tout en continuant à s’en occuper aussi longtemps que ces jeunes ont un cas de délinquance ouvert ou sont en probation. Ce programme, lancé en octobre 2008 en collaboration avec le New York City Office of the Criminal Justice Coordinator, la Queens Family Court (tribunal de famille de Queens), le New York City Department of Health and Mental Hygiene (le ministère de la santé et de l’hygiène mentale de la ville de New York), le New York City Department of Probation (le ministère de la probation de la ville de New York) et d’autres acteurs intervenant dans les domaines de la justice juvénile et de la santé mentale. Le programme QUEST Futures est le premier du genre dans l'État de New York. En utilisant la méthode de l'équipe clinique expliquée ci-dessus, QUEST Futures constitue une ressource pour les familles et crée un lien entre le système de justice juvénile et le système de santé mentale, en fournissant dépistage, évaluations, planification des traitements, coordination du service, gestion des cas et surveillance. Le Centre a également lancé récemment une version jumelle du programme QUEST Futures appelée Bronx Futures dans le cadre de son projet Bronx Community Solutions.

Comment le Centre for Court Innovation aborde t‑il la question de la violence armée ? Quels types de projets d’interruption et de prévention de la violence sont spécifiquement consacrés à la violence armée chez les jeunes ?

Le Centre mène deux programmes Save Our Streets (S.O.S., « Sauvons nos rues ») dans le South Bronx et dans le quartier de Crown Heights, dans l’arrondissement de Brooklyn à New York. Les programmes S.O.S sont des efforts menés au niveau communautaire pour mettre fin à la violence armée dans les quartiers concernés. Ces deux programmes travaillent en étroite collaboration avec des organisations locales, des églises de quartier et des pasteurs, des résidents de la communauté et les personnes les plus susceptibles de commettre une fusillade. Le personnel des deux programmes S.O.S. prévient la violence armée dans la zone géographique dans laquelle il agit, respectivement dans le South Bronx ou à Crown Heights, et ce, en servant de médiateur dans les conflits susceptibles de générer de la violence armée et en agissant comme conseiller pair auprès des hommes et des femmes qui risquent de commettre ou d'être victimes d’un acte de violence. Ces programmes travaillent en étroite collaboration avec des responsables et des entreprises du quartier en vue de promouvoir un message visible et public contre la violence armée, en encourageant les locaux à faire entendre leur voix en affirmant que la cette dernière est inacceptable.

Le Centre fait également fonctionner le programme Youth Organizing to Save Our Streets (YO S.O.S.), un programme de développement des jeunes existant à Crown Heights et qui vise à donner aux jeunes de 14-17 ans les moyens de devenir des dirigeants et des organisateurs communautaires. Les participants au programme YO S.O.S. travaillent avec le personnel du programme S.O.S à Crown Heights, communiquant ainsi l’opinion de la jeunesse, plus que jamais indispensable aujourd’hui, quant à ces enjeux communautaires urgents. Grâce à une combinaison d'ateliers empiriques et de possibilités d'apprentissage, les participants à YO S.O.S. pourront acquérir les compétences nécessaires pour devenir les dirigeants de demain, telles l'organisation communautaire, la mise en réseau, l’art de parler en public, la formation professionnelle ainsi qu’une réelle expérience dans le monde du travail. Les activités de développement des jeunes participants seront complétées par une gestion individualisée des cas afin de fournir des services supplémentaires en cas de besoin. Les participants qui terminent avec succès tous les volets du programme recevront une bourse et on leur trouvera un emploi d'été rémunéré.

À quel point le Center for Court Innovation s’intéresse t-il aux questions de genre ? Menez‑vous des projets spécifiques à destination des adolescentes et des jeunes filles ?

Le Centre for Court Innovation consacre beaucoup de temps et de ressources au problème de la violence domestique, dirigeant des tribunaux spécialisés en matière de violence domestique, dont l’objectif est d’améliorer la sécurité des victimes ainsi que d’accroître la responsabilité du prévenu. Le Centre aide également les juridictions à planifier et à faire fonctionner des tribunaux spécialisés dans l’instruction des affaires de violence domestique, aux États-Unis comme dans le reste du monde. Aux États-Unis, le Center for Court Innovation offre une assistance technique gratuite, soutenue par le U.S. Department of Justice’s Office on Violence Against Women (Bureau sur la violence à l’égard des femmes, faisant partie du ministère de la Justice américain), aux juridictions de tous le pays intéressées par la création ou l'expansion de projets de tribunaux déjà existants traitant de la violence domestique. Le Centre for Court Innovation a, par exemple, aidé les juridictions à résoudre des problèmes de sécurité de la victime, à identifier des cas de violence domestique, à gérer un agenda et à utiliser des mandats de programmes. Le Centre a aidé à la mise en place du premier tribunal spécialisé en violence domestique de la ville de New York, le Brooklyn Domestic Violence Court (tribunal de la violence domestique de Brooklyn), qui a servi de modèle à des dizaines de tribunaux de l'État de New York. Le Centre a également aidé l’État de New York à diffuser le modèle intégré de tribunal spécialisé en matière de violence domestique, dans laquelle un juge unique s’occupe des affaires de violence domestique et des problèmes familiaux qui y sont liés, tels la garde, les visites, les ordonnances de protection civile et les actions matrimoniales.

En ce qui concerne les projets destinés spécialement aux adolescents et aux jeunes filles adultes, le Centre for Court Innovation gère un tribunal spécialisé dans la violence domestique des jeunes délinquants, le Youthful Offender Domestic Violence Court. Ce tribunal, qui a ouvert ses portes fin 2003 à Brooklyn, a été le premier tribunal à instruire uniquement les affaires de délits en matière de violence familiale chez les adolescents âgés de 16 à 19 ans. Même si les statistiques montrent que les femmes âgées de 16 à 24 ans connaissent le plus haut taux de violence domestique et d'agression sexuelle à l'échelle nationale, les systèmes judiciaires, submergés de cas, ne sont pas en mesure de répondre efficacement au problème. Les prévenus ne reçoivent en général pas de services spécifiques visant à prévenir d'autres abus futurs, et les victimes ne bénéficient que de peu de services et de conseils. En revanche, à la Youthful Offender Domestic Violence Court, un juge ainsi qu’un personnel d'appui spécialisé présent pendant les audiences, sont préparés pour répondre aux besoins particuliers des plaignants adolescents au tribunal. De plus, en mettant en relation les victimes avec des services spécialisés et en offrant un programme gratuit de 12 semaines aux adolescents ayant commis des violences, le tribunal tente de collaborer avec les adolescents et de fournir des services visant à mettre fin à la violence.

En gardant à l'esprit que le New York Times a reconnu que vos projets « ont contribué à faire baisser le recours à l'incarcération à New York à son taux le plus bas depuis une génération », quels sont les principaux défis et difficultés qu’a rencontrés le Centre for Court Innovation jusqu'à présent?

En tant qu’organe de recherche et de développement du système des tribunaux unifiés de l’État de New York (New York State Unified Court system), le Centre for Court Innovation teste de nouvelles idées afin de déterminer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas et profite des leçons tirées pour établir des approches permettant de résoudre les problèmes visés. Les ressources limitées et la durabilité restent un défi pour beaucoup de projets innovants du Centre. En effet, conscient que les ressources sont généralement limitées, le Centre continue de chercher des stratégies pour soutenir ces programmes sur le long terme. Bien que, depuis sa création, le Center for Court Innovation a réussi à mobiliser le soutien de la communauté autour de la plupart de ses projets, il lutte toujours pour obtenir aujourd’hui l’appui institutionnel de divers acteurs politiques tout en tentant de changer la perception et la méfiance du grand public par rapport au système judiciaire, et il s’agit là d’un autre enjeu d’avenir. Un autre défi a également été identifié : l’élaboration de projets qui seront couronnés de succès dans d'autres juridictions américaines en surmontant les obstacles bureaucratiques et en mettant l'accent sur le développement des compétences.


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